Le Printemps des Comédiens 2009 sera sud-africain. Guerriers zoulous au spectacle de 18 heures, musiciens xhosas, ndebélés, tsongas pour
Les Blancs l’avaient décidé : ce serait là. Là que vivraient les millions de noirs tout juste bons à creuser les filons d’or des mines de Johannesburg. Les quartiers de la ville avaient été décrétés blancs. Plus une peau sombre ne devait s’y trouver au coucher du soleil. Pour eux, il y avait Soweto : des champs arides à quinze kilomètres du centre ville, pas d’eau, pas d’assainissement, pas d’électricité, pas d’hôpital, pas d’école, pas de transport public…
Alors s’était mis à moutonner un océan de tôles ondulées, de carton-pâte, de grillages… Le grand pandémonium de la misère. A l’infini. Quatre millions d’habitants si l’on peut appeler cela habiter.
Dix-sept après la fin de l’apartheid, ils sont toujours 850.000 à vivre là. Les maisons gratuites promises par Mandela avancent lentement, trop lentement ; le stade où, l’an prochain pour
Il n’y a toujours pas d’assainissement, toujours pas d’école, ni d’hôpital, ni de bus. Parfois, pour rejoindre Johannesburg, on saute dans un train sur la voie ferrée qui traverse le bidonville. Parfois on s’y fait écraser. Dans dix mètres carrés vivent sept ou huit personnes, enfants, hommes sans travail -70% disent les statistiques- mammas tambouillant sur des cuisinières dangereusement adossées au carton des murs. Une malédiction supplémentaire est venue s’ajouter à cette vieille litanie des misères : le sida. 40% de ceux qui vivent à Soweto seraient séropositifs. Et une terrible légende n’en finit pas d’offrir du sang frais au virus : on s’en débarrasserait en faisant l’amour avec une vierge. Les campagnes d’information n’y peuvent pas grand chose : dans toute l’Afrique du Sud, les viols d’enfants sont légion.
Il y a pourtant des sourires au milieu de tant de raisons de désespérer. Ici c’est un metteur en scène français qui fait jouer à des gamins une pièce appelée Molière à Soweto. C’est en anglais, on est loin du Misanthrope, mais pas de doute c’est bien Poquelin qui est là, avec ses barbons qui veulent épouser des jouvencelles et ses valets délurés. Plus loin, ce sont des jeunes filles qui inventent des poèmes. Là, enfin, ce sont les fils, les petits fils des mineurs – cinq ans parfois - qui perpétuent une tradition née sous les brimades des contremaîtres blancs.
Ce sont les danseurs de gumboots : du plat de la main ils frappent leurs bottes de caoutchouc dans une danse à la fois compliquée et violente. Car les mineurs, qui ne pouvaient protester, encore moins se syndiquer, revendiquaient ainsi : les puits se répondaient dans de grands claquements au rythme savant.
Alors, puisque le Printemps serait sud-africain, il était hors de question de ne pas y entendre les gumboots de Soweto. Quelques uns de ses gamins seront là. Spectacle ? Témoignage ? Tout cela à la fois. Et quelque nom qu’on lui donne, nous le devons bien à cet autre côté du monde où la misère a encore toutes ses aises.
Daniel BEDOS
Solidarité Hérault – Soweto
Au-delà du spectacle proprement dit, le Printemps des Comédiens et le conseil général de l’Hérault étudient un partenariat avec l’association Rue du Soleil qui travaille avec les enfants de Soweto et qui est animée sur place par une enseignante de l’Alliance Française de Johannesburg, Caroline Bustos. Outre des actions de solidarité plus classiques – achat de matériels etc. - des collégiens de Soweto rejoindraient les danseurs de gumboots déjà arrivés à Montpellier. Une tournée serait organisée en France après le Printemps des Comédiens.